Connaissez-vous le cadavre exquis ? C’est un jeu poétique inventé par les Surréalistes. Chaque participant écrit un mot ou un groupe de mots sans le montrer aux autres, puis on met les fragments en commun et on les assemble de manière à constituer une phrase. La première phrase engendrée par ce procédé d’écriture collective, «Le cadavre exquis boira le vin nouveau.», donna son nom à ce jeu littéraire.

D’accord, me direz-vous, mais quel est le rapport entre les divertissements d’André Breton et de sa bande et les Interclubs du roi des jeux ? Eh bien, la 6ème ronde du groupe Grand Est 2 de la Nationale 4 nous en offrit un savoureux, de macchabée : «Vandoeuvre V reçoit GK 3000 à Pont-à-Mousson.» En gros, nous recevions nos hôtes chez un tiers, un peu comme si j’invitais Cédric à venir manger chez Claude, pour m’éviter de faire la vaisselle. Plus surréaliste, tu meurs.

A ce stade de mon con-te rendu, je tiens à prévenir le lecteur sensible : il sera souvent question de violences faites aux femmes, qu’elles soient de chair et d’os – les deux joueuses seront battues – ou de bois, voire de plastique – plusieurs Dames succomberont. Mais que Marlène Schiappa se rassure : aucun animal n’a été blessé durant le tournage (oh ça va, j’rigole, en plus M’dame c’est pas moi c’est Molière qu’a commencé , sisi, dans l’Ecole des Femmes, Acte V scène 4, «dans le monde, on fait tout pour ces animaux-là», vérifiez, et siouplait, vous pourriez me lâcher l’oreille maintenant ?). Et puis rien n’est plus féministe que le jeu d’échecs : le Roi est une petite chose fragile et sans pouvoir qu’on doit absolument protéger, alors que la Dame est la pièce la plus puissante et la plus crainte !

Cette rencontre avait tout du match piège : quoique dernière du groupe, l’équipe mosellane vendrait chèrement sa peau, il faut toujours se méfier de la bête blessée. Edouard l’apprit d’ailleurs à ses dépens. Ayant obtenu une position prometteuse au sortir de l’ouverture, le jeune Vandop retarda son roque. Mal lui en prit : le clouage du pion «e» permit à son adversaire de placer une vicieuse fourchette royale, qu’il avait pourtant mis deux coups à voir. Le féminicide -presque- parfait…

Dans ma partie aussi il était question de maltraitance à l’égard des femmes. La Dame ennemie s’étant imprudemment infiltrée dans ma position, je manquais l’enfermer, ayant joué trop vite le coup qui me faisait gagner un pion plutôt que celui qui me faisait gagner une pièce… Furieux contre moi-même d’avoir vu trop tard ce coup décisif, je lançais un peu plus tard ma propre Dame et mon pion «e» à l’abordage pour éventrer les remparts adverses. Les Noirs se trouvaient alors devant un dilemme : s’ils reprenaient du pion, j’échangeais ma Dame contre deux Tours et gagnais dans la foulée un Fou sur échec. S’ils reprenaient du Fou, mon attaque conservait tout son mordant, mais la suite était moins claire, et je n’étais pas certain de trouver les coups gagnants sur l’échiquier. Le Mosellan prit alors la décision qui s’imposait : il reprit du Cavalier, ce qui lui épargna bien des souffrances, puisque je le matai au coup suivant.

De Dame il était également question dans la partie de Christophe, puisqu’un coup d’œil averti lancé à son échiquier m’apprit que son adversaire avait dû se séparer prématurément de la sienne. La raison de ce divorce ? Christophe, lui, n’avait pas raté son enfermement…

Un peu partout ailleurs, on entrait en finale. Finale de Dames avec un pion de moins pour Fred, finale de Fous de couleurs opposées pour Théo. Les deux parties se solderont logiquement par un résultat nul. Le joker Louise, en revanche, qui se battait comme une lionne, fut terrassée par un mauvais coup : le sien. Il restait donc deux parties, décisives.

Je n’étais guère optimiste quant aux chances de Florian de l’emporter contre son adversaire mosellane, qui avait un plan de gain assez évident. Pourtant, un astucieux sacrifice de qualité me força à réévaluer la position : comment les Blancs, après la reprise de la Tour, allaient-ils arrêter les pions passés ? Eh bien ils n’y arrivèrent pas. Nous ne pouvions déjà plus perdre le match.

Restait encore à le gagner, et tout reposait sur les larges épaules d’Alex. Une nulle suffisait, mais Alex, qui avait lui aussi occis la souveraine blanche et avait l’avantage, tenait absolument à l’emporter. Seulement, le 2ème échiquier mosellan avait encore suffisamment de ressources pour bâtir une forteresse. Et puis le temps exerçait une odieuse pression sur le Vandopérien, qui donnait quelques signes de fébrilité devant les velléités de contre-jeu adverses et la perspective d’un pénible retour à pied en cas de défaite. A force de tourner autour de sa proie, tel un vautour affamé, le boucher d’Abidjan finit par trouver la faille, et asséna l’estocade finale : une nouvelle victime jonchait le sol de l’Abbaye des Prémontrés.

Un cadavre exquis qui nous assurait le gain du match…

 

 

 

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Le seul jeu qui appartienne à tous les peuples et à toutes les époques, et dont nul ne sait quel dieu l’a apporté sur terre pour tuer l’ennui, pour aiguiser l’esprit, pour stimuler l’âme. Où commence-t-il, où finit-il ?   « Le joueur d’échecs » (1943) de Stefan Zweig