GK 3000 : la série continue !

Quand le coach m’a annoncé qu’on jouait dimanche contre GK 3000, j’étais fou de joie, et seule une hétérosexualité farouche m’a empêché de lui sauter au cou… Parce que si on m’avait dit qu’un jour j’allais rencontrer GK 3000 … Cela semblait si incroyable… Avec GK 3000, c’était toute mon enfance qui tout à coup me revenait en pleine poire, c’était comme une cure de jouvence.

Bizarrement, les membres de mon équipe ne semblaient pas partager mon enthousiasme.

Évidemment, les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, ne peuvent pas comprendre – d’ailleurs, et j’ouvre une parenthèse (en général les moins de 20 ans ne connaissent et ne comprennent pas grand-chose, je l’ai souvent remarqué depuis que j’ai personnellement moi-même dépassé la vingtaine, et je referme la parenthèse).

«Mais si, les gars, GK 3000, faites-un effort, dans les années 80, un gars avec une coiffure encore plus improbable que Donald Trump, Michael Knight qu’il s’appelait, un chevalier des temps modernes qui avait une voiture nommée KITT à qui il parlait, et même qu’elle lui répondait, franchement, ça vous dit rien ?»

C’est à ce moment précis que le coach choisit d’intervenir.

«Mais non, Patate, m’expliqua-t-il avec toute la pédagogie dont il était capable, GK 3000, pas K 2000 ! La série niaise avec le benêt permanenté et la bagnole intelligente, crut-il bon d’ajouter devant mon air interloqué, c’est K 2000 ! GK 3000, c’est le club d’échecs qui réunit deux villages de la banlieue thionvilloise, Garche et Koeking, dont les initiales, c’est amusant, sont celles de Garry Kasparov. Et comme le champion russe visait les 3000 poinzélos, vous comprenez à présent l’origine du nom de votre futur adversaire ! A propos de K, conclut-il en soupirant, vous en êtes vraiment un, Patate, et même pathologique ! »

Mon rêve venait de s’écrouler, et le coach prenait un malin plaisir à le piétiner. Bon, c’est vrai que j’aurais dû m’en douter : il était peu vraisemblable que la FIDE autorisât à participer aux interclubs une voiture bourrée d’électronique, sans compter que pour lui faire monter les étages du château, ça allait être coton !

Dans le doute, j’avais tout de même décidé de sélectionner une équipe de stars des années 80, on n’est jamais trop prudent. J’avais donc aligné, par ordre d’échiquier, Rubik’s le Cubain, Arnaud le Petit Robot, Mister T., Flo Magnum le tueur à gages, et au 6ème Chédy Skywalker, le seul gars capable de nous protéger de la Guerre des Etoiles (voir les épisodes précédents).

Il ne me restait plus qu’à préparer ce match si important : une victoire nous assurerait en effet l’admiration inconditionnelle de nos familles, le 20 heures de TF1, la «une» des magazines people, et accessoirement la montée en N4 une ronde avant la fin. Comme j’avais les Blancs, il me fallait choisir une ouverture, et j’hésitais. Allais-je opter pour 1. h4, une ouverture de l’extrême droite de l’échiquier réputée agressive contre les Noirs, mais que la théorie considère à juste titre comme très douteuse ? A l’extrême gauche, 1. a4 ? Bien que révolutionnaire, cela me semblait tout aussi aventureux. Peut-être 1. f4, un peu moins à droite que h4, une ouverture dont l’emploi mérite d’être mis à l’examen, mais que les tailleurs de costards jugent peu fiable… Finalement, j’optais sans enthousiasme pour un début centriste qui avait au moins le mérite de respecter les grands principes.

Quand, le dimanche, je vis arriver nos adversaires, je dus, la mort dans l’âme, me rendre à l’évidence : le coach avait raison. Point de super-héros, rien que des gars normaux qui avaient fait 1H30 de voiture normale pour en découdre avec nous dans la joie et la bonne humeur, et suffisamment sympa pour afficher une moyenne Elo sensiblement inférieure à la nôtre. Seul clin d’œil à ma série culte : les murs pourtant épais du château parvenaient à peine à étouffer une bande son vintage très eighties qui allait accompagner pour le meilleur et pour le pire nos parties.

A commencer par la mienne. Dès le 5ème coup, mon adversaire se trompa. Je ne laissais pas passer l’offrande, échangeais les Dames et m’emparais de la qualité avec une position très agréable. Puis je réussissais à enfermer un Fou. Avec une Tour de plus, le gain n’était plus qu’une formalité. Le match démarrait sur les chapeaux de roue.

Cependant, Chédy, à ma droite, me donnait quelques sueurs froides. Il avait en effet perdu une Tour qu’il avait réussi à regagner, grâce à un jeu énergique. Las ! Succombant au péché de gourmandise, il voulut gober un pion et se ramassa une fourchette… La sortie de route n’était pas loin.

A ma gauche, Florian semblait avoir obtenu une position prometteuse, mais une erreur avait réduit son avantage à néant. Il était entré dans une finale Fou / Cavalier à peu près égale, avec peut-être un léger avantage pour le possesseur du Fou… et ce n’était pas Florian.

Je cherchai alors une lueur d’espoir du côté d’Alejandro et de ses plus de 2100 poinzélos. Un rapide coup d’œil à son échiquier m’apprit : 1) que je ne comprenais rien à la position. 2) que le Cubain avait un pion de moins. Manifestement, les Mosellans n’étaient pas venus faire de la figuration et étaient prêts à vendre chèrement leur peau, façon Davy Crockett à Fort Alamo.

Heureusement, Arnaud possédait une pièce de plus et Jean avait un avantage d’espace et des pièces qui lorgnaient toutes vers le monarque ennemi. En revanche, sa pendule tournait un peu vite à mon goût, m’incitant à la prudence.

Le temps d’aller faire le tour des trois autres équipes jouant au château, et je regagnai le théâtre des opérations. Le moins que l’on pouvait dire, c’est que plusieurs surprises m’attendaient. Tout d’abord, Floflo le magicien avait escamoté un pion, puis une pièce… un deuxième point n’allait pas tarder à tomber dans notre escarcelle. Mais mon enthousiasme fut de courte durée : Jean, ayant gaffé, s’inclinait. Heureusement, Arnaud, puis Alejandro malgré son pion de moins, marquaient leur point. Avec la victoire de Florian, le match était gagné. Il ne restait plus que Chédy qui défendait avec l’énergie du désespoir une finale avec sa qualoche en moins. Le match était plié, certes, mais le Mosellan ne trouvait pas comment forcer la forteresse, alors qu’il lui suffisait d’échanger sa Tour contre le Fou noir au bon moment, et la partie s’éternisait… jusqu’à ce qu’un coup illégal du Vandopérien précipite sa défaite.

Résultat des courses : une courte victoire 4-2. Félicitons nos adversaires qui, en infériorité théorique sur tous les échiquiers, ne sont pas passés loin de l’exploit. Et savourons ce titre de champion à nous accordé une ronde avant la fin… A mes coéquipiers, j’adresse donc K2000, ou plutôt 3000 bravos !!!

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